
Comme le voulaient les rumeurs qui circulaient depuis quelques jours, le premier ministre, le conservateur Stephen Harper, a apporté mercredi quelques changements au sein de son gouvernement minoritaire.
Tout d'abord, le transfuge libéral David Emerson conservera le ministère des Affaires étrangères, dont il assure l'intérim depuis la démission de l'ex-ministre Maxime Bernier, le 26 mai dernier.
Le sénateur Michael Fortier hérite quant à lui du portefeuille du Commerce international, tandis que Christian Paradis, actuel secrétaire d'État à l'Agriculture, se voit confier le ministère fédéral des Travaux publics et des Services gouvernementaux. Il faut rappeler que Michael Fortier n'a toujours pas été élu député à la Chambre des communes.
Enfin, le député britanno-colombien James Moore devient secrétaire d'État aux langues officielles. M. Moore est bilingue.
Ce remaniement était devenu nécessaire après le départ de l'ancien ministre des Affaires étrangères. Maxime Bernier a dû démissionner de son poste après avoir apparemment oublié des documents secrets chez son ex-amie de coeur, Julie Couillard, qui a eu des liens avec les milieux du crime organisé.
Des changements cosmétiques, selon les libéraux
Ce remaniement du Cabinet conservateur n'a guère impressionné l'opposition officielle. « C'est comme si Bob Gainey nous annonçait une grosse conférence de presse pour dire: "Je vous annonce le remaniement de mon quatrième trio" », a déclaré mercredi le député libéral Denis Coderre, au Réseau de l'information.
« C'est pas les gros chars, sauf que la réalité, c'est peut-être ce qu'on ne voit pas qui a un impact plus grand », a-t-il ajouté.
Selon M. Coderre, certaines nominations révèlent en effet plusieurs choses, dont des échecs. « Le fait d'avoir créé un secrétaire d'État aux langues officielles [...] ça démontre la faillite de la ministre actuelle qui est en charge des langues officielles, Mme Verner. Donc ça, ça veut dire qu'elle n'a pas bien fait son travail, c'est une mauvaise note de la part de son premier ministre ».
Quant à la nomination de Michael Fortier au Commerce international, bien qu'elle soit présentée comme une promotion pour M. Fortier, Denis Coderre y voit une manière d'éloigner un peu M. Fortier, qui parlerait peut-être un peu trop au goût du premier ministre Harper.
Le député libéral de Bourassa ajoute par ailleurs que, le ministère du Commerce international nécessitant beaucoup de voyages, Michael Fortier sera ainsi moins exposé aux questions sur son ex-conseiller, Bernard Côté, qui a été forcé de démissionner pour son implication dans l'affaire Bernier-Couillard.
Bloc et NPD
Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique se posent des questions sur la légitimité de David Emerson et de Michael Fortier.
L'organisateur en chef du Bloc, Mario Laframboise, considère qu'il est troublant de constater que le premier ministre ait confié à un sénateur qui n'a jamais été élu député le mandat de représenter le Canada et ses valeurs démocratiques sur la scène internationale.
Nommer un non-élu comme ministre, monsieur Fortier, ou un élu qui s'est fait élire sous une bannière libérale comme ministre, donc, évidemment pour nous, c'est pas un signe de transparence et de responsabilité.
— Mario Laframboise
Thomas Mulcair, du NPD, est du même avis. Pour lui, « la présence continue de Michael Fortier au cabinet est absolument inadmissible ». Il soutient qu'elle fait du tort au système démocratique parlementaire basé sur le principe de la responsabilité ministérielle.
Michael Fortier n'a tout simplement pas sa place au conseil des ministres. C'est en flagrante contravention d'une convention constitutionnelle qui date de 1867.
— Thomas Mulcair
Le lieutenant québécois de Jack Layton trouve la promotion de David Emerson tout aussi « problématique », pour des raisons semblables. Il considère qu'en dépit de ses compétences, « il n'a pas de mandat des gens de son coin ».
En outre, les deux partis s'interrogent sur les compétences de Christian Paradis, décrit par Mario Laframboise comme étant « quelqu'un de bien servile qui va écouter les ordres du chef ».
Cependant, tous s'entendent pour applaudir la nomination de James Moore aux langues officielles.
Qui sont-ils?
Christian Paradis: 34 ans
Circonscription: Mégantic-L'Érable (Québec)
Élu à la Chambre des communes en janvier 2006, Christian Paradis a d'abord été secrétaire parlementaire au ministère des Ressources naturelles, avant d'être nommé secrétaire d'État à l'Agriculture.
James Moore: 32 ans
Circonscription: Port Moody-Westwood-Port Coquitlam (Colombie-Britannique)
Élu pour la première fois en 2000 sous la bannière de l'Alliance réformiste conservatrice canadienne, il a été secrétaire parlementaire du ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux, puis secrétaire parlementaire du ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux et de la porte d'entrée du Pacifique et des Jeux olympiques de Vancouver-Whistler.
Michael Fortier: 46 ans
Sénateur et ministre non élu
Avocat de formation, Michael Fortier a travaillé dans le secteur financier. Il a été promu au ministère des Travaux publics et des Services gouvernementaux en février 2006, avant d'être nommé sénateur le même mois.
David Emerson: 62 ans
Circonscription: Vancouver Kingsway (Colombie-Britannique)
Élu pour la première fois aux Communes en 2004 sous la bannière du Parti libéral du Canada où il occupait le poste de ministre de l'Industrie. Réélu en 2006, il quitte le PLC la même année pour rejoindre le gouvernement conservateur, où il devient ministre du Commerce international et ministre de la porte d'entrée du Pacifique et des Jeux olympiques de Vancouver-Whistler.
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